• F1 « LE MERITE CONSOLE DE TOUT »

     

    Le mérite console de tout

     

    C’est la ritournelle de la fin de saison en F1. Qui mérite le plus le titre de champion ? Chaque curé prêche pour sa paroisse, se retranchant derrière ses reliques. Le clergé ferrariste, le pape Domenicali en tête, nous serine depuis bien longtemps que Fernando mérite plus le tire. Les rouges réitèrent ce refrain depuis qu’ils ont compris que le titre ne serait pas leur ! Le tout ressemble furieusement à une manœuvre peu sportive de dénigrement de l’adversaire, peu classe, mais pas vraiment surprenante tant les rouges nous ont habitués à pire. Il en va de même pour Alonso, qui à force de répéter sur le ton de la méthode Coué qu’il croyait au titre, que tout était possible avait fini par nous convaincre du contraire !

    Cette question du « mérite » agite également les débats entre les Schumix à longueurs de colonnes « lol ». Mais au fait, « mérite » ça veut dire quoi ? Le mot vient du latin « meritum » désignant notamment ce dont on est digne. Le mérite est ce qui rend une personne digne d'estime, d'éloge, de considération ou de récompense au regard de sa conduite ou des obstacles surmontés. Le mérite peut résulter de diverses qualités morales, intellectuelles ou physiques : l'habileté, le talent, le courage, l'effort fourni, la prise de risque, la responsabilité, l'innovation... Le mérite implique un effort pour franchir des difficultés et renvoie surtout à une force morale. On voit ici que tous les paramètres entrant en ligne de compte pour juger le mérite appellent à une certaine subjectivité. A ce petit jeu, chaque fidèle défendra sa chapelle, Vettel ou Alonso.

    L’argument le plus usité pour vanter le mérite d’Alonso est l’infériorité de sa monture. C’est oublier que le sport auto est un sport impliquant une machine, fruit du travail d’une équipe. De tout temps l’homme et la machine furent indissociables. Les débats sur le mérite des pilotes au volant de voitures inférieures devraient sembler abscons. Il n’empêche qu’ils enflamment. Par essence, le sport auto n’est pas un sport ou la différence se fait sur la valeur intrinsèque de l’athlète. Il en est donc que plus cruel et frustrant pour les pilotes. Le sport auto pourrait même être antinomique avec la notion de mérite personnel du pilote. Le facteur machine trouble en effet tout jugement sur la valeur réelle d’un pilote. On retombe donc sur la dimension subjective que revêt « le mérite » du pilote. La compétition auto ne sera jamais un 100 mètres olympique lors d’une chaude soirée d’été.

    Désormais la communication de Ferrari, digne des meilleurs spin-doctors politiques tourne autour du valeureux soldat s’étant battu corps et âme, chargeant à cheval contre l’artillerie lourde avec pour seule armure son courage et sa volonté. Il est plutôt cocasse de noter au passage, que l’entreprise de valorisation du soldat Alonso a pour effet direct de dévaloriser sa monture ! Il est vrai que l’abnégation dont a fait preuve l’asturien force l’admiration et relève de la leçon sportive, et au-delà, de la leçon humaine. Cette défaite valeureuse de l’espagnol nous raconte une histoire romantique qui séduit. Histoire de la « glorieuse défaite », de la mort armes à la main sans jamais abdiquer. Quant à Alonso il a un long hiver pour se plonger dans Montesquieu. Au détour d’une page il y trouvera cette ligne « Le mérite console de tout. »

    Paul Huertas

    https://www.facebook.com/AsphalteBlog

     

     


    votre commentaire
  • LE MARIAGE DE LA CARPE ET DU LAPIN

    Le mariage de la carpe et du lapinD’un point de vue biologique, l’union entre un poisson et un mammifère est impossible, contre nature, donc voué à l’échec. Ramené à l’Homme, l’union de la carpe et du lapin est une métaphore pour un couple composé d’un noble et d’une roturière ; incongru. Bref, c’est l’histoire de la F1 aux Etats-Unis.

    Le sport automobile s’est historiquement développé par l’opposition de deux modèles, de deux mondes, de deux cultures ; d’un côté l’Europe, de l’autre les Etats-Unis. Rarement ces deux mondes se sont rencontrés. Chacun pensait détenir LA vérité philosophique du sport automobile. La F1 est par essence élitiste, domaine réservé à la guerre entre ingénieurs, entre marques. C’est son histoire, c’est son ADN.

    Les différences entre les sports automobiles américains et européens sont abyssales. C’est l’achoppement de deux cultures antinomiques. Le sport américain est à l’image de l’Amérique, de sa culture. Il est facile, efficace, tourné vers le divertissement. La compétition automobile américaine est toute orientée vers le spectacle et le consommateur de divertissement qu’est le fan de sport lambda yankee. La technique est portion congrue, elle n’est là que pour servir le spectacle. La technique, c’est complexe, rébarbatif, le fan américain ne peut que repousser cette barbarie. Cette philosophie trouve son aboutissement le plus parfait avec la Nascar. Le fan américain se presse, s’entasse dans de véritables stades, devenus églises de divertissements, pour voir tourner des voitures sur un ovale. Main droite dans le pop-corn tandis que la gauche empoigne fébrilement un coca, le gros moustachu au stetson attend haletant le « Big One ».

    Il en va bien différemment en Europe. La technique est sacro-sainte. La guerre des cerveaux est érigée en totem de la compétition. Les mégas cerveaux des ingénieurs planchent des heures, engloutissant des sommes astronomiques pour accoucher dans la douleur d’un détail capable de faire gagner un battement de cil… Le sport automobile européen est élitiste ; élitiste de par sa complexité technique, élitiste de par son organisation. La F1 est pensée toute entière autour de la divinité VIP, populaire égale vulgaire. Les écuries ne jurent plus que par les nouveaux riches tombés à la naissance dans le baril de pétrole. Le pilote de F1 est quant à lui érigé une vedette, artificiellement starisé, rendu inaccessible, car l’inaccessible fait rêver.

    Nous voyons donc bien que cette tentative d’accouplement ne peut que se solder par un monstre bâtard, à la durée de vie forcément limitée. Jamais la F1 n’a pu perdurer sur le sol américain. Le public américain rejette cette greffe, incompatibilité philosophique. Sur le sol de l’Oncle Sam, je pense sincèrement que la F1, caricature du sport automobile à l’européenne dans tout ce qu’elle peut représenter de détestable pour les américains y est vouée à l’échec. Le mariage de la carpe et du lapin vous dis-je…

    Paul Huertas

     https://www.facebook.com/AsphalteBlog




    votre commentaire
  • GROSJEAN, PAR ICI LA SORTIE

    Grosjean, par ici la sortie


    C’est désormais litanie que compter les bourdes de Romain Grosjean. Sept abandons sur quinze courses, dont cinq lui étant directement imputable. A chaque fois le genevois nous ressort sa sempiternelle ritournelle d’excuses assorties de circonstances atténuantes devenant exténuantes. Depuis le début de saison, notre « Grosjean national » est dans l’œil du cyclone. Le voici bien empêtré dans une spirale négative qui semble impossible à enrayer. Chaque bévue entraîne une obligation de rachat, ne faisant qu’augmenter la pression sur ses frêles épaules.

    Un sportif de haut niveau est un savant mélange d’inné et d’acquis. Grosjean, sans posséder l’inné d’un Jim Clark ou d’un Senna, n’est pas pour autant dénué de talent. C’est tout du moins ce que la presse française nous a enfoncé dans le crâne. L’acquis est la part qui fait d’un bon sportif un vrai champion. C’est la capacité d’absorption de données qui détermine la progression. Le problème de nombre de sportifs est de se reposer sur le seul talent. La progression résulte principalement des capacités mentales, la remise en question constructive, l’acceptation de ses limites, tout en les repoussants, etc. De là, les performances doivent s’établir telle une courbe ascendante et linéaire. Le problème de Grosjean est que cette courbe est sinusoïdale traduisant l’absence de progression. On voit bien que le problème semble relever du mental. Le pilote et son entourage l’ont bien compris. L’arrivée de Benoît Campargue en tant que « préparateur (réparateur ?) mental » indique que la pleine mesure du problème a été prise. Cette arrivée tardive sera-t-elle salvatrice ? Car le temps presse. Le temps, Grosjean n’en dispose plus vraiment…

    Romain a débarqué en F1, soutenu par tous les fans de sport automobile français. Les médias toujours aussi prompt à s’enflammer rapidement en faisaient le nouveau héros de la F1 à la française. Quelques qualifications honnêtes, le voilà bourreau de Kimi Raikkonen. Il n’avait pas enchaîné deux résultats corrects qu’il était déjà question de victoire. Et si cet emballement médiatique, (non réfréné par la direction de Lotus), était aussi un facteur de la saison calamiteuse de Sébastien ? Ou comment griller un espoir avant que celui-ci ait mis un pied dans l’auto… Voilà un pilote re-débutant jeté dans un tourbillon médiatico-sportif qui semble l’avoir lessivé. S’il n’est pas pérennisé en F1 il faudra peut-être se pencher sur ce point…

    Car au final rien ne semble justifier son maintien en F1. Beaucoup de belles promesses non tenues. Un nombre extravagant d’erreurs aux conséquences lourdes, à la fois pour son équipe et aussi (et surtout ?) pour les concurrents. Une cabale anti-Grosjean prend forme au sein des autres pilotes et écuries. Le pilote Lotus est sous le feu croisé des sociétaires des autres écuries. Face à cette pression, au manque de résultats et de progression la place de Grosjean ne semble tenir qu’à un fil, de plus en plus ténu. Boullier ne pourra pas maintenir son pilote contre vents et marées. Sa présence en F1 n’est pas non plus vitale pour la « F1 française », surtout si Bianchi bénéficie d’un jeu de chaise musicale le propulsant au volant de la Force India.

    J’entends d’ici la volée de bois vert qui m’attend. C’est tout le corporatisme franchouillard qui risque de s’abattre sur moi telles les foudres de Jupiter. « On ne tire pas sur un homme à terre » ! La presse française dans son ensemble a les yeux de Chimène pour « notre Grosjean national ». Il n’empêche que Romain semble plutôt relever de la chimère. Dans son élan chauvin, dénué d’esprit critique les médias (spécialisés) hexagonaux soutiennent mordicus « leur » pilote. Il y’a là un déni de réalité teinté du désormais fameux « syndrome Jacquet ». Le « syndrome Jaquet » veut que l’on ne critique pas un sportif national sous peine de se voir ostracisé puis lynché publiquement en cas de retournement de conjoncture. Un comportement antinomique avec la fonction de journaliste, d’analyste. Voilà donc l’ensemble des médias jouer la partition du « soutien » tel un vulgaire fan club. Mais la partition finale pourrait être la « marche funèbre » des espoirs de Grosjean en F1…

    Paul Huertas

    https://www.facebook.com/AsphalteBlog


    votre commentaire
  • MERCEDES F1 : VENI, VIDI, VITE PARTI

     

    Mercedes F1 : Veni, Vidi, Vite parti…


    Décidément AutoHebdo est en verve en ce moment. Ils prouvent que pour faire de l’info, la base c’est encore le journalisme, l’investigation. Après l’annonce du rachat de Citroën Sport par le Qatar (restant à être officialisé http://asphalte.eklablog.com/quand-y-a-dollar-y-a-qatar-le-qatar-racheterait-citroen-sport-a48255127) voilà que le journal récidive et donne une nouvelle fois le tempo de l’actu.

    Mercedes se désengagerait de son écurie officielle de F1 en 2014. Par un tour de passe-passe, l’équipe deviendrait AMG F1. On y recaserait Schumacher en tant que Team Principal ou un truc du genre. Mais il n’est en aucun cas question de se retirer complètement de la F1. L’étoile restera motoriste.

    Si l’opération se confirmait, elle marquerait un constat d’échec de Mercedes. Le constructeur avait racheté Brawn GP avec pour ambition d’y poser son nom et de perpétuer le succès (miraculeux) de l’écurie, genre « on s’achète le succès vite fait bien fait ». Non content d’engranger des victoires et des titres avec McLaren, il fallait à la firme à l’étoile plus de visibilité. La gloire ne se partage pas. Voilà pourquoi Mercedes a voulu son écurie. L’on sait désormais avec quel succès.

    Maintenant Mercedes cherche une porte de sortie pour se désengager de son couteux et infructueux programme. Le tour de passe-passe consiste en quelque sorte à avoir le beurre et l’argent du beurre, et le sourire de la crémière en prime ! En renommant son écurie AMG F1, Mercedes espère bénéficier de façon indirecte des retombées médiatiques des futurs résultats. Mais voilà, comment une équipe qui verrait son budget drastiquement réduit pourrait-elle faire bonne figure ? Mercedes peut-elle se permettre de voir une « écurie-filiale » se débattre sans que les mauvais résultats n’affectent négativement l’image de la gamme AMG et par extension de Mercedes ? Mercedes n’a pas besoin des succès en F1 pour vendre des voitures, ni pour sa notoriété. Mais les mauvais résultats, eux, auront un impact sûrement négatif sur la marque.

    Mercedes a trouvé une échappatoire mais sur le long terme le pari peut s’avérer risqué. A moins que l’écurie AMG F1 ne soit qu’une transition, avant une revente totale. Néanmoins, l’aventure Mercedes F1 aura été de courte durée, et peu glorieuse. Une sorte de Veni, Vidi, Vite parti !

    Paul Huertas

    https://www.facebook.com/AsphalteBlog


    votre commentaire
  • MERCATO : COURSE A L’ALLUMEUSE

    MERCATO : COURSE A L’ALLUMEUSE


    Voilà c’est l’été, les pieds dans l’eau, la hollandaise rose-cochon qui empeste la Biafine en soirée et les rumeurs du mercato. Le cocktail est complet et a de quoi faire tourner la tête, et comme souvent, beaucoup de parlotte pour peu d’actes.

    La F1 à cette propension à parler pour ne rien dire. Au final on se retrouve avec un « tout ça pour ça ». Le pilote, comme tout bon sportif n’assimile que les schémas simples, tant mieux la renégociation de contrat suit un algorithme sommaire. Comme toute allumeuse de soirée d’été, le pilote veut se faire passer pour indispensable et surtout assailli par les courtisans. Elle fait saliver, pour finalement rester dans vos bras. Webber, pourtant au sein de la meilleure écurie a fait croire en des négociations avec une belle italienne, pour finalement rester dans les bras de son autrichienne préférée, et il nous refait le coup chaque été !

    L’allumeuse du moment s’appelle Hamilton, enfant chéri et gâté de McLaren le voilà prêt à la quitter pour des bras plus accueillants. Problème, pour aller où ? Car les baquets de top teams sont tous pourvus. Tanpis, plus c’est gros, plus ça passe ! On risque donc de lire les plus absurdes rumeurs distillées par son entourage. McLaren va entrer dans le jeu pour faire croire à sa capricieuse qu’elle est unique et la prolonger. Mais saperlipopette ! Sur quelle planète vit-on ! McLaren est une institution de la F1, piloter pour elle est un honneur. Il y’a inversion des valeurs. Le pilote est désormais supérieur à l’institution. McLaren devrait montrer qui est le mâle ! Laisser Hamilton gesticuler pour finalement le prolonger au dernier moment, sans augmentation. Car la pleureuse, après avoir vu que l’herbe n’est pas plus belle ailleurs sera obligée de rentrer à la maison.

    Idem chez Mercedes. C’est l’écurie qui attend le bon vouloir de sa danseuse capricieuse. Va-t-elle rester au bercail ? Ou décider de plier bagages ? Schumacher à l’orgueil du champion, il est revenu, il va persévérer, ne partira pas la queue entre les jambes. Di Resta peut attendre…

    Chez Ferrari cela semble un peu plus compliqué. Massa est totalement lessivé mentalement. Le mental n’a jamais été son point fort, mais là c’est le Radeau de la Méduse ! Ferrari cherche un 2è pilote expérimenté et solide ne faisant pas d’ombre à Alonso. Un jeune semble donc exclu. Dommage pour Perez. Webber, approché, s’est servi des rouges comme d’un vulgaire levier de négociation. Du coup, hop, psycho thérapie pour le petit brésilien, un stage d’hiver en montagne, et on croise les doigts pour le revoir en 2013 avec un mental neuf…

    Les seules équipes qui verront leur line-up pilote changer sont celles de 2è partie de grille. Et là, tout est affaire de valises garnies. Belle valse des baquets en perspective, le tout chorégraphié par les sponsors des pilotes.

    En rallye la situation est presque idoine. Le vrai suspens est la retraite de Loeb. Le sujet revient sur le tapis régulièrement. L’an dernier c’était pour renégocier un pont d’or et obtenir l’ostracisation d’Ogier qui faisait ombre au tableau idyllique chez les chevrons. Cette année le dilemme semble encore plus réel. Point de renégociation, juste un sentiment de lassitude, d’avoir fait le tour, et plutôt 8 (9 devrais-je dire) fois qu’une. Son départ laisserait un vide galactique. Ça serait d’autant plus dommageable pour le sport au moment où la concurrence semble plus rude avec l’arrivée ambitieuse de VW.

    Partir, mais pour aller où ? Rejoindre son équipe en WEC pour faire de la figuration derrière Toyota et Audi ? En GT Tour, au milieu des gentlemen drivers ? Pas vraiment à sa dimension… Son départ, allié aux tragiques difficultés de PSA pourrait sonner le glas de Citroën en WRC…

    L’arrivée de VW donne plus de possibilités au mercato. Qui avec Ogier ? La logique sportive réclame Mikkelsen, produit du groupe, rapide, tenant la comparaison avec Ogier, et belle gueule de parfait gendre en adéquation avec l’image VW. Les rumeurs font pourtant état d’un pré-contrat déjà signé avec JM Latvala dont la saison devrait plutôt pousser à ramper à plat ventre devant Malcolm Wilson pour demander l’absolution de ses fautes. Au vu de la saison de ses pilotes, Wilson se devrait de les punir, de trancher dans le vif, même si ça fait mal. Solberg sauve les meubles mais ne fait plus illusion. Sordo est disponible, on le sait consistant. Dans un contexte de difficultés financières, pourquoi ne pas se tourner vers Novikov, rapide et surtout bien accompagné… ?

    Enfin, bien de circonvolutions intellectuelles, mais le billard mercatolien à plusieurs bandes fait partie du jeu, et sur la plage ça fait passer le temps… « Un verre demoiselle ? »

    Paul Huertas.

    https://www.facebook.com/AsphalteBlog

    PS : Je tiens à préciser que ce n'est pas moi sur la photo 


    votre commentaire
  • FORMULE 1, PLATEAU PAYANT, PLATEAU DE LOOSERS.

     


    A regarder de près le plateau F1 on y voit des pilotes dont la présence sur la grille relève de l’oxymore sportif. Le nombre de pilotes « exotiques » s’est multiplié ces dernières années. En cela ils sont le reflet de l’internationalisation de la F1 depuis les années 2000. Rien dans leur parcours ne justifie leur présence dans le pinacle du sport auto qu’est censé représenter la F1.

    L’argent a toujours été le nerf de la guerre en sport auto. Mais l’explosion des budgets combinée à l’émergence de nouveaux marchés ont favorisé l’éclosion de ces pilotes payants. Les équipes ne pouvant réunir indépendamment les budgets pour courir se tournent donc vers ces pilotes. Dans leurs valises ils trimbalent quelques millions salvateurs et stickers pour la voiture. Le talent, lui, reste à la portière. Le palmarès de ces pilotes souligne ce non-sens sportif. Ils ont tous pour point commun un parcours dans les différentes formules honnête mais sans plus. Aucun n’a gagné de championnat dès sa première saison. A vrai dire, nombre de ces pilotes n’a jamais gagné le moindre championnat. Qui peut me donner le palmarès de Senna, Pic et du magnifique Karthikeyan ? Certains autres également subventionnés par des sponsors, même en ayant remporté par exemple la GP2 ne sont pas pour autant des génies. Les Maldonado, Pérez, et Kobayashi présentent également des palmarès pour le moins rachitiques, généralement un titre GP2. Au final ça donne des Massa, pilotes rapides s’ils sont au volant de la meilleure machine, mais incapable de tirer une équipe ou un engin vers le haut.

    La GP2 antichambre de la F1 est victime des mêmes symptômes. Nombre de pilotes qui arrivent en GP2 y sont grâce à leurs budgets plus qu’à leur talent. Ceci a pour conséquence de baisser le niveau global et donc la valeur d’un titre. En fait l’écrémage se fait de plus en plus tôt. Je pense que cette sélection censitaire se fait dès la F3 euro series ou à la WSR 3.5. Si le pilote est un véritable génie (hyper rare), protégé et intégré dans une filière type Red Bull ou d’un constructeur, il continu. Si c’est un pilote « exotique », entendez par là venant d’un pays représentant un marché à fort potentiel et soutenu par de puissants sponsors nationaux, lui aussi continu. Pour ce qui est du pilote, talentueux sans être un Vettel ou Alonso, et non épaulé par ses sponsors, il se réoriente vers un championnat où il peut trouver un baquet pro mais semé d’incertitudes, alternant les piges à droite, à gauche.

    Un tiers des pilotes payent leur baquet. (http://www.liberation.fr/sports/01012396557-quand-la-f1-roule-a-l-economie) Certains l’assument mieux que d’autres. Petrov vexé de l’outrecuidance journalistique lorsque la question de sa mallette lui est posée rétorque fielleusement qu’il n’est pas plus payant qu’un Alonso dont le salaire est payé par Santander ! Petrov qui se compare à Alonso, on aura tout vu au royaume de la prétention ! Williams, équipe mythique s’il en est, doit elle aussi recourir aux pilotes dont le talent se mesure à l’épaisseur de leur valise. Le baquet de Maldonado coûte ainsi 35 millions d’euros au pétrolier national vénézuélien. La somme de Senna est moindre (son « talent » également) mais son nom compense en assurant de la médiatisation autour de l’écurie de Grove. Il en va de même pour Grosjean et Pic. Romain doit sa présence en F1 en grande partie grâce au soutien de Total, et à l’effort dans l’hexagone pour promouvoir un français. Nul doute que pour payer ses impôts il se souviendra qu’il est né en Suisse… (http://tempsreel.nouvelobs.com/sport/20120229.OBS2532/les-sportifs-qui-peuvent-avoir-peur-de-la-taxe-de-francois-hollande.html). Pic, vierge de palmarès bénéficie de l’aide de sponsors privés et de Lagardère Unlimited (qui affiche au passage 600M d’€ de pertes en 2011…). Il en est de même pour Perez chez Sauber, qui peut remercier Telmex. La palme revient tout de même à Karthikeyan. Plus qu’être un non-sens sportif, sa présence en F1 est farfelue ! De même que celle d’HRT. Au passage je salue Force India, exsangue financièrement mais qui aligne néanmoins 2 vrais talents, 2 vrais coureurs auto, au parcours digne de la F1, Di Resta et Hulkenberg (lourdé de chez Williams faute de valise assez lourde.)

    Au final on se retrouve avec un plateau pour le moins hétéroclite. Les meilleurs sont bien là, et le seront toujours. Mais ils côtoient des pilotes au talent plus que douteux, dont la présence relève de l’oxymore sportif. Pas vraiment un modèle de méritocratie…

    Paul Huertas.

    https://www.facebook.com/AsphalteBlog


    votre commentaire
  • LA F1 A BAHREIN, LA HONTE A VISAGE DECOUVERT.

    Ainsi donc la F1 a raté l’occasion d’être digne et morale. Le grand prix de Bahreïn aura bien lieu. Le grand cirque de la F1 est rassuré, la sécurité des équipes sera assurée et tonton Bernie sauve quelques millions.

    Le sport et les intérêts économiques doivent-ils prédominer face à la morale ? Car à quel prix la sécurité des acteurs sera-t-elle assurée ?

    Depuis 1973, à la faveur d’une réforme constitutionnelle, c’est le clan Al Khalifa qui dirige héréditairement ce confetti de 665 km2, d’1.2 millions d’habitants, ayant des réserves pétrolières produisant autour de 120 millions de barils par ans.

    La révolte démocratique bouscule cette micro monarchie pétrolière depuis plus d’un an et pourtant elle demeure la révolution oubliée. Tous les autres pays arabes qui se sont soulevés ont bénéficiés à la fois d’un relai médiatique important et d’une bienveillance occidentale toute paternaliste. Ce n’est pas le cas de Bahreïn.

    Cette révolte est protéiforme. Ce n’est pas seulement un soulèvement de la majorité chiite (75% de la population), à visée politique et religieuse contre la famille régnante sunnite, mais également une révolte sociale et politique transcendant les religions. Il y’a d’un côté les chiites qui revendiquent une meilleure égalité politique, sociale et économique. Ensuite d’autres parties de la population sont venues se greffer à la révolte pour réclamer de façon générale plus d’équités et de libertés.

    Les premières manifestations, il y’a un an, ont été violemment réprimées, beaucoup de personnes périrent sous les coups et tirs des forces de l’ordre locales épaulées par des saoudiens notamment. Si depuis un an, la répression se fait dans l’ombre sans admonestation de la communauté internationale, c’est que celle-ci redoute un changement favorable au chiites derrière lesquels pourrait être l’Iran. Mais cette peur d’Iranisation d’un Bahreïn chiites semble infondée pour Marc Valéri, maître de conférences à l’université Exeter en Grande-Bretagne et spécialiste des transformations politiques à Bahreïn. (http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120214-an-apres-bahrein-sous-tension-revolution-oubliee-continue)

    C’est cette situation qui, il y’a un an avait poussé à l’annulation du grand prix de Bahreïn. La situation actuelle est-elle donc meilleure pour en permettre la tenue en bonne et due forme ? A en croire Nabeel Rajab, président du Centre bahreïnien des droits de l'homme, pas vraiment : « Le Premier ministre est toujours là, c'est le même depuis 40 ans et il ne changera pas, le roi continue de faire des promesses qu'il ne tient pas... Donc la situation, c'est un énorme fossé qui se creuse entre cette dynastie dirigeante d'un côté, et le peuple de l'autre, alors que des gens continuent de mourir. Le mois de janvier est celui où il y a eu le plus grand nombre de morts depuis le début de la révolution, cela montre bien que la crise s'accentue et qu'on n'entrevoit pas de solution ». (http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120214-an-apres-bahrein-sous-tension-revolution-oubliee-continue). De fait, on assiste à une radicalisation des parties en présence, accentuant le fossé et rendant d’autant plus compliqué une issue.

    C’est dans ce contexte que la FIA a réaffirmé au grand soulagement des autorités bahreïniennes la tenue du grand prix « En se basant sur les informations dont elle dispose actuellement, la FIA est convaincue que toutes les mesures de sécurité nécessaires sont en place pour que se déroule à Bahreïn une manche du Championnat du monde de Formule 1 ». Le plus immoral dans cette décision, c’est que le seul angle de réflexion de la FIA fut la sécurité des équipes ! Il ne semble qu’à aucun moment la situation politique fut prise en compte, ni même la portée, l’interprétation que pourrait avoir ce geste. Mais pour Bernie « tout le monde est content et toutes les écuries seront là. Le problème, c'est que tout est discuté par des médias qui n'ont aucune idée de ce qui se passe". Donc Bernie, lui est le Monsieur Jesaistout de la politique internationale, et les médias ne sont que des idiots ! Ecclestone persiste et signe en se dédouanant honteusement : « les manifestants vont sûrement continuer à demander des réformes, mais qu'est-ce que cela à voir avec la F1? ». Qu’ils le veuillent ou pas, en se rendant à Bahreïn, la FIA, Ecclestone, les écuries, confortent le pouvoir en place, prennent parti dans le conflit.

    Il y a là un terrible décalage entre le monde sportif et la réalité politico-sociale du terrain. Pendant ce temps-là, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon se disait « préoccupé par l'usage excessif de la force contre des manifestants ».

    Car oui, les manifestants, en quête de médiatisation pour une révolution oubliée, vont probablement profité de l’écho médiatique du cirque de la F1 pour se faire voir et entendre. Alors la sécurité, le bon déroulement du grand prix se fera à l’ombre d’une répression implacable et violente. Combien de blessés, morts seront à comptabiliser et mettre en partie sur la conscience des acteurs de la F1 en cas de manifestations ?

    Quant aux écuries, embourbées dans leur communication contrôlée à l’extrême, elles se réfugient lâchement, fallacieusement derrière la décision de la FIA. Eric Boullier, que l’on croirait vivre sur une autre planète déclare « La présence du F1 Circus à Bahreïn va forcément changer un peu la donne, elle peut générer certains troubles. Mais je pense que la situation est sous contrôle ». S’il vous plaît, un volontaire pour lui ouvrir les yeux, à lui et aux autres sur ce qu’est une situation sous contrôle dans ce genre de régime !!! Pour une tenue « normale » du grand prix, les autorités vont se retrousser les manches, pour présenter au monde le visage d’un pays « normalisé ». La F1 sera la caution de ces actes !

    Espérons seulement que les manifestants auront la décence d’être réprimés, torturés, tués en silence pour ne part trop déranger la conscience d’un monde vivant en vase clos.

    Quant à nous, nous pouvons toujours éteindre la télé et profiter du dimanche…

    Paul Huertas.

    https://www.facebook.com/AsphalteBlog

     



    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique