• La F1 à Bahreïn, la honte à visage découvert

    LA F1 A BAHREIN, LA HONTE A VISAGE DECOUVERT.

    Ainsi donc la F1 a raté l’occasion d’être digne et morale. Le grand prix de Bahreïn aura bien lieu. Le grand cirque de la F1 est rassuré, la sécurité des équipes sera assurée et tonton Bernie sauve quelques millions.

    Le sport et les intérêts économiques doivent-ils prédominer face à la morale ? Car à quel prix la sécurité des acteurs sera-t-elle assurée ?

    Depuis 1973, à la faveur d’une réforme constitutionnelle, c’est le clan Al Khalifa qui dirige héréditairement ce confetti de 665 km2, d’1.2 millions d’habitants, ayant des réserves pétrolières produisant autour de 120 millions de barils par ans.

    La révolte démocratique bouscule cette micro monarchie pétrolière depuis plus d’un an et pourtant elle demeure la révolution oubliée. Tous les autres pays arabes qui se sont soulevés ont bénéficiés à la fois d’un relai médiatique important et d’une bienveillance occidentale toute paternaliste. Ce n’est pas le cas de Bahreïn.

    Cette révolte est protéiforme. Ce n’est pas seulement un soulèvement de la majorité chiite (75% de la population), à visée politique et religieuse contre la famille régnante sunnite, mais également une révolte sociale et politique transcendant les religions. Il y’a d’un côté les chiites qui revendiquent une meilleure égalité politique, sociale et économique. Ensuite d’autres parties de la population sont venues se greffer à la révolte pour réclamer de façon générale plus d’équités et de libertés.

    Les premières manifestations, il y’a un an, ont été violemment réprimées, beaucoup de personnes périrent sous les coups et tirs des forces de l’ordre locales épaulées par des saoudiens notamment. Si depuis un an, la répression se fait dans l’ombre sans admonestation de la communauté internationale, c’est que celle-ci redoute un changement favorable au chiites derrière lesquels pourrait être l’Iran. Mais cette peur d’Iranisation d’un Bahreïn chiites semble infondée pour Marc Valéri, maître de conférences à l’université Exeter en Grande-Bretagne et spécialiste des transformations politiques à Bahreïn. (http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120214-an-apres-bahrein-sous-tension-revolution-oubliee-continue)

    C’est cette situation qui, il y’a un an avait poussé à l’annulation du grand prix de Bahreïn. La situation actuelle est-elle donc meilleure pour en permettre la tenue en bonne et due forme ? A en croire Nabeel Rajab, président du Centre bahreïnien des droits de l'homme, pas vraiment : « Le Premier ministre est toujours là, c'est le même depuis 40 ans et il ne changera pas, le roi continue de faire des promesses qu'il ne tient pas... Donc la situation, c'est un énorme fossé qui se creuse entre cette dynastie dirigeante d'un côté, et le peuple de l'autre, alors que des gens continuent de mourir. Le mois de janvier est celui où il y a eu le plus grand nombre de morts depuis le début de la révolution, cela montre bien que la crise s'accentue et qu'on n'entrevoit pas de solution ». (http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120214-an-apres-bahrein-sous-tension-revolution-oubliee-continue). De fait, on assiste à une radicalisation des parties en présence, accentuant le fossé et rendant d’autant plus compliqué une issue.

    C’est dans ce contexte que la FIA a réaffirmé au grand soulagement des autorités bahreïniennes la tenue du grand prix « En se basant sur les informations dont elle dispose actuellement, la FIA est convaincue que toutes les mesures de sécurité nécessaires sont en place pour que se déroule à Bahreïn une manche du Championnat du monde de Formule 1 ». Le plus immoral dans cette décision, c’est que le seul angle de réflexion de la FIA fut la sécurité des équipes ! Il ne semble qu’à aucun moment la situation politique fut prise en compte, ni même la portée, l’interprétation que pourrait avoir ce geste. Mais pour Bernie « tout le monde est content et toutes les écuries seront là. Le problème, c'est que tout est discuté par des médias qui n'ont aucune idée de ce qui se passe". Donc Bernie, lui est le Monsieur Jesaistout de la politique internationale, et les médias ne sont que des idiots ! Ecclestone persiste et signe en se dédouanant honteusement : « les manifestants vont sûrement continuer à demander des réformes, mais qu'est-ce que cela à voir avec la F1? ». Qu’ils le veuillent ou pas, en se rendant à Bahreïn, la FIA, Ecclestone, les écuries, confortent le pouvoir en place, prennent parti dans le conflit.

    Il y a là un terrible décalage entre le monde sportif et la réalité politico-sociale du terrain. Pendant ce temps-là, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon se disait « préoccupé par l'usage excessif de la force contre des manifestants ».

    Car oui, les manifestants, en quête de médiatisation pour une révolution oubliée, vont probablement profité de l’écho médiatique du cirque de la F1 pour se faire voir et entendre. Alors la sécurité, le bon déroulement du grand prix se fera à l’ombre d’une répression implacable et violente. Combien de blessés, morts seront à comptabiliser et mettre en partie sur la conscience des acteurs de la F1 en cas de manifestations ?

    Quant aux écuries, embourbées dans leur communication contrôlée à l’extrême, elles se réfugient lâchement, fallacieusement derrière la décision de la FIA. Eric Boullier, que l’on croirait vivre sur une autre planète déclare « La présence du F1 Circus à Bahreïn va forcément changer un peu la donne, elle peut générer certains troubles. Mais je pense que la situation est sous contrôle ». S’il vous plaît, un volontaire pour lui ouvrir les yeux, à lui et aux autres sur ce qu’est une situation sous contrôle dans ce genre de régime !!! Pour une tenue « normale » du grand prix, les autorités vont se retrousser les manches, pour présenter au monde le visage d’un pays « normalisé ». La F1 sera la caution de ces actes !

    Espérons seulement que les manifestants auront la décence d’être réprimés, torturés, tués en silence pour ne part trop déranger la conscience d’un monde vivant en vase clos.

    Quant à nous, nous pouvons toujours éteindre la télé et profiter du dimanche…

    Paul Huertas.

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  • Commentaires

    1
    Suleiman
    Dimanche 22 Avril 2012 à 19:33

    Je vous suggère d'aller visiter les pays du golfe persique ( ou golfe arabe comme on dit à Bahrein à Koweit ou dans lers UAE) 

    Il est facile de comparer ce qui se passe à Bahrein avec les évènements de Lybie de Syrie ou d'Egypte, mais c'est une erreur grave et même criminelle de le faire 

    Y ayant vécu plusieurs années, je me permet de vous apporter quelques bémols pour vous éviter d'avaler pour argent comptant les raccourcis que les journalistes ou politiques osent prendre.

    En 1975 il n'y avait pas plus de 200000 Bahreinis, ils ont eu beau faire beaucoup d'enfants, aujourd'hui plus d'1 million de résidents sont des expatriés , d'Inde du Pakistan de Palestine du Liban,  d'Egypte, d'Irak et aussi pas mal d'iraniens etc ...

    La question est de savoir si en France sur les 60 millions de Français, 45 ou 50 millions étaient des expatriés temporaires dans notre pays et se permettaient de demander de changer nos lois ou notre constitution, quelle serait notre réaction?

    15 ou 20% de français et 80 % d'étrangers en visas de travail de 3 ans ?

    Sans être xénophobe, je pense qu'il y aurait un problème.

    Depuis sa naissance le Bahrein a été le seul émirat suffisemment démocratique du Golfe pour autoriser que les femmes conduisent, travaillent que l'alcool soit autorisé ou que les gens se baignent en maillot de bain ou en bikini.

    On y servait même des cotes de porc ou des crèpes au Grand Marnier au restaurant

    Et nos épouses ou nos filles pouvaient porter des mini jupes. 

    L'hopital comme le téléphone était gratuit merci l'état!

    Alors laisser quelques étrangers (intégristes ou pas) se lier avec des gens naturalisés depuis peu et essayer de changer les lois sous prétexte que des pays comme l'Egypte ou la Lybie l'ont fait n'est pas la plus pertinente des réactions.   

    C'est cela le pouvoir de la société de communication, arriver à faire croire que les revendications des uns sont identiques à celles des autres.

    Désolé mais cela n'a rien à voir.

    Je suis tombé sur votre blog par hasard en étant plus interessé par des avis F1 mais votre prise de position m'a choqué. 

    Mais j'aurais regardé la course de toute façon 

     

    2
    asphalt Profil de asphalt
    Dimanche 22 Avril 2012 à 20:39

    Merci pour votre commentaire. Cet article n’est pas celui d’un expert en géopolitique moyen-orientaleJ. Il n’a pas non plus pour objet de commenter la politique Bahreïnienne. C’est également pour cela que j’ai pris soin de citer mes sources. Comme toute source, elles peuvent être sujettes à controverse. Néanmoins, de façon générale, tous les médias français avancent peu ou prou les mêmes explications. Je ne compare pas non plus, politiquement parlant, les mouvements à Bahreïn aux autres révoltes arabes. J'établis une "comparaison" juste sur le point de la médiatisation, pour expliquer pourquoi les manifestants ont voulu profiter de la F1 pour médiatiser leur cause.

    Je tenais à dénoncer le fait que la F1 se rende dans un pays en plein troubles sociaux. Ceci ne peut être contesté. Les événements sont là. Cette venue donne lieu à un regain de tension. Le problème est donc la violence engendrée et gravitant autour de l’événement. On ne peut également qu’avoir un regard plein de questions quant aux méthodes utilisées pour juguler ces protestations (quel qu’en soit le bienfondé selon vous). En cela, la F1 a été un facteur aggravant. Je tenais également à critiquer l’attitude des clowns de la F1 (rapport au « circus » de Boullier), adeptes de la philosophie de l’autruche, répétant à l’envie qu’ils ne faisaient que du sport, que le reste n’était pas de leur ressort. Cette position était également celle de la majorité des journalistes sportifs suivant la F1. C’est le contexte général qui aurait dut pousser à l’annulation. Je persiste et signe, il fallait annuler le GP, non pas pour prendre parti pour les manifestants, mais par souci de neutralité, pour ne pas lier la F1 à des événements malheureux comme ce fut le cas tout au long du week-end.

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